Guerlain qui travaille comme un nègre…

Ma réflexion du jour…
« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Mais enfin, comment pourrait-on définir cette phrase si subtile, si directe ? Comment pourrait-on définir cette émotion subite d’exprimer ses sentiments les plus profonds à la télévision nationale, à l’heure d’une grande écoute. Mais enfin ! Qu’a-t-il pu se passer dans la tête de ce monsieur pour qu’il puisse volontairement livrer sa pensée sans métaphore voilée ni allégorie identifiée à toute la France ? Alors là, je n’arrête pas de me poser des questions depuis ce fameux 15 octobre 2010, précisément à 13h heure française.

Peut-on se donner le luxe de tout dire quand on veut, où l’on veut, sur qui on veut ? Si la réponse est oui, alors ce monsieur de plus de soixante dix ans a toutes les priorités. Si par contre la réponse est non, ce monsieur n’a pas le monopole des « diseurs » de bêtise dans cette France. Oui, cette Grande France avec sa population en pétale, des pétales noires-blanches-jaunes-«beurs», des pétales noires-blanches, des pétales blanches-jaunes, des pétales noires-jaunes, des pétales beurs-blanches, des pétales beurs-jaunes, des pétales beurs-noirs… que sais-je encore ? N’attendez pas à ce que je vous fasse la liste non exhaustive de toutes les couches de la population française. Cela montre combien c’est absurde de parler de « couleur » pour désigner la densité et la complexité d’une partie du peuple français.

Amadou Hampaté BA disait: « Il y a pas MA  vérité et TA vérité, il y a simplement LA Vérité qui se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun d’entre nous, doit se dégager un peu de SA vérité pour faire un pas vers LA vérité ». Et je pense ainsi que les hommes dans leur ensemble doivent mettre l’accent sur ce qui les rapproche avec le respect de l’identité de chacun et non sur ce qui les sépare.

La couleur, en tout cas, racialement parlant, n’existe même pas à mon sens. Je refuse d’attribuer une quelconque couleur à qui que ce soit. Je refuse ! Je refuse carrément ! Je refuse catégoriquement ! Je refuse tout court ! Imaginez que nous nous mettons subitement à appeler les gens par une couleur. Ne serait-il pas réellement pathétique ? Qui plus est, dire qu’y a en qui travailleraient plus que d’autres, n’est que pure absurdité.

Dire que les nègres n’ont jamais tellement bien travaillé, c’est leur manquer de respect mais aussi manquer de respect à la mémoire de leurs ancêtres. Ces ancêtres qui ont courbé l’échine matin-midi-soir sous les coups de fouet de leur maître. C’est aussi oublier toutes ces années d’esclavages, de travaux forcés, de colonisation, d’exploitation du nègre dans toute sa grandeur.

Ne me poussez surtout pas à vous parler de ces nègres qui se réveillent à quatre heures du matin tous les jours partout en Europe et pour des salaires de misère ! Ces nègres qui ne connaissent pas ce que c’est une pause. Ces nègres qui travaillent encore la nuit même quand la cloche du sommeil s’installe. Ces nègres qui font évidemment le bonheur de ce monsieur, exploités jusqu’aux os parce que « Guerlain » le veut bien. Mais enfin !

Pourquoi se focaliser spécialement sur le nègre ? N’est-ce pas là, la manifestation flagrante des rapports étroits que la France a avec ses populations descendantes des colonies ou descendantes d’esclaves. Le nègre « paresseux » ! Le nègre footballeur ! Le nègre « sale » ! Le nègre « musclé » ! Le nègre « frimeur »… En réponse à tous ces qualificatifs, le nègre pourrait se mettre là, maintenant, à casser la gueule à toutes les personnes qui lui parlent mal ou qui disent n’importe quoi sur ses origines géographiques ou ethniques. Mais non, le nègre reste poli et demande à ce que l’éternel complexé-de-supériorité, lâche l’affaire, décolonise son esprit et devient poli à son tour pour une fois.

Nous avons eu Fogiel, nous avons eu Sevran, nous avons eu aussi Zemmour et enfin nous avons Guerlain, le nouveau « pape » qui pourrait remporter le prochain « Y’a bon awards » EN 2011.

Mais enfin ! Permettez-moi de vous fredonner une belle chanson avant de clore notre conversation  avec les termes du « nègre fondamentale » Aimé Césaire, chantre de la négritude :

« Ohééé, si tu sa-vais le nè-gre, il t’emmerde. »

Aïssatou Diamanka-Besland

Aïssatou Diamanka-Besland

Ecrivain - Journaliste
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