SUNUAFRIK.COM : Aissatou Diamanka-Besland écrivain, auteur de Patera.

Fille de tirailleur sénégalais, Aïssatou Diamanka-Besland, née en 1972 au Sénégal, est l’auteur du livre « Patera ». Écrivain romancière, elle vit en France depuis 1999, après un BTSC(BTS) de Communication-Information à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication (ISSIC) à Dakar. Elle prépare actuellement une thèse de Sciences Politiques sur l’intégration des immigrés à l’université Paris X Nanterre. Depuis son enfance, elle a toujours eu le goût de l’écriture à laquelle elle s’est consacrée par la suite. Elle s’est prètée aux questions de Sunuafrik.com

Q: Bonjour Aïssatou Diamanka-Besland. Merci de vous prêter a nos questions. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Je suis Ecrivain sénégalaise vivant en France depuis 1999. Je fais une thèse en Science Politique à Nanterre Paris 10. Je suis de la deuxième promotion de l’ISSIC Institut Supérieure de l’Information et de la Communication de Dakar où je suis sortie avec un BTS (BSTC) d’Information-Communication. J’ai toujours été attirée par la littérature depuis mon jeune âge, vers 12 -13ans.

Q: Vous êtes à votre deuxième livre Patera qui est sorti depuis Septembre aux Editions Henry. Parlez nous un peu du premier.
Le premier dont le titre est « Le pagne léger » porte sur la condition de la femme. Ce fut l’occasion pour moi de me pencher sur la place des femmes dans nos sociétés traditionnelles fortement dominé par la présence masculine.

Q: ccomment êtes vous arrive au titre « Patera » et ce titre signifie t’il quelque chose?
« Patera » signifie petite embarcation en bois en espagnol. Lorsque les jeunes candidats à l’immigration dont la plupart sont des Sénégalais commençaient à prendre les pirogues pour se rendre en Europe, les Espagnoles utilisaient le terme « Patera » sous une forme péjoratif voire une insulte envers les immigrés subsahariens. L’idée m’est venue de là. Et personnellement, j’ai trouvé le terme très porteur par rapport au sujet que je développe dans le roman. J’ai ainsi décidé de l’utiliser comme titre.

Q: Qu’est ce qui vous a pousse à écrire ce livre?
J’étais révoltée et attristée de voir tous les jours des jeunes mourir pour un rêve qui n’existe pas dans le détroit de Gibraltar et en même temps impuissante; Écrire était mon seule et unique échappatoire.

Q: Vous parlez de l’immigration clandestine dans le livre. Pourquoi avoir choisi ce sujet? Il semble que ça vous tient à Cœur.
Oui, ça me tient vraiment à cœur. D’ailleurs mon sujet de thèse porte aussi sur l’immigration. Je suis intriguée par le mouvement migratoire des peuples. Partir où ? Pour aller où ? Arriver où ? Quitter quoi ? Pourquoi ? Pour qui ? … autant de question qui prennent naissance dans ma tête chaque jour que Dieu a fait. Cause pour la quelle je ne peux pas rester indifférente à tous ces phénomènes.  Si je vois un africain menotté, maltraité et brutalisé par la police parce qu’il n’a pas de papier, je suis touchée au plus profond de mon humanité. Si je vois un africain attaché comme du bétail parce qu’il n’a pas de papier, c’est toute ma dignité qui est touchée car papier ou papier nous sommes avant tout des humains et nous devons être traités avec respect quelque soit l’endroit du monde où nous nous trouvons. Si on voit le nombreux de migrants qui errent chaque jour dans le désert du Maroc pour gagner l’Europe, nous ne pouvons fermer les yeux et rester indifférente. Si l’on voit des milliers d’Africains prendre les pirogues au risque de leur vie, nous ne pouvons pas rester non plus indifférents. Il est grand temps que les consciences se réveillent et se lèvent contre ces injustices qui régissent le monde et surtout le monde des pauvres, celui des Sénégalais voire des Africains. Les pauvres sont avant tout des HUMAIN, je me répète encore une fois mais c’est nécessaire. Voilà ma bataille, mon combat ! Ma bataille c’est aussi écrire pour décrire la vie et ses injustices.

Q: Dans le livre vous parlez de Soukeyna, qui est-ce ?
Soukeyna, c’est un peu elle, l’héroïne qui se pose des questions et en même temps moi. Disons que pour diviser les rôles, Soukeyna c’est 50% de moi et 50% d’elle. A travers Soukeyna, je parle pour les sans-voix, sans-voie. Je me révolte contre ce système qui fait qu’un africain a perpétuellement besoin de fuir son pays pour un autre alors que ses capacités et ses compétences ne sont même pas reconnues dans le pays d’accueil. Il est jugé de par sa couleur de peau. Il est jugé de par ses origines ethniques et géographiques : l’Afrique, le continent PAUVRE. Je souhaite une nouvelle répartition des richesses.  Je souhaite une Afrique riches et débarrassée des ses peurs, de la pauvreté et qui protège ses enfants pour qu’ils n’aient plus à mourir en mer pour l’Europe. Car comme je le dis tantôt dans « Patera » à la page 99, l’Afrique n’est loin d’être un continent pauvre : « Je réfute cette assertion. Je pars en campagne contre cette vérité. Vérité affamée-affalée. Vérité bredouille-bafouée. Vérité absurde-erronée. Oh ! Chers frères, l’Afrique n’est pas un continent pauvre ! Évitez les pirogues et restez-y ! Oh chère misérable Jeunesse affolée et chers Présidents indolents, voleurs de pouvoir et de richesses emprisonnées dans les banques européennes ! L’Afrique n’est pas un continent pauvre ! Travaillez-y ! Un continent ne peut être pauvre et regorgé de diamant, d’or, de cuivre, de fer, de caoutchouc… Un continent ne peut être pauvre avec des terres ivres de pétrole qui a fait le bonheur d’Elf jadis, de Total et j’en passe. Un continent ne peut être pauvre et être le seul continent au monde où le coltan, minerai contenant du tantale peut être extrait pour la fabrication des puces d’ordinateur ou de portable dans le monde. Un continent ne peut être pauvre et englober toutes ces richesses dont la liste est loin d’être exhaustive. L’Afrique est riche ! Restez-y ! Travaillez-y ! »

Q: Je vois aussi que vous essayez de démystifier le mythe de l’eldorado ou tout est parfait avec les beaux immeubles, les belles voitures etc. Pourquoi?
L’Europe n’est plus l’Eldorado comme continuent à le penser certains. Je dirais même que l’Europe n’a jamais été l’Eldorado. L’idée que véhiculaient les premiers immigrés qui rentraient chez eux était et est fausse. Ils ne disaient pas la réalité des choses. Ils ne disaient pas qu’ils vivaient dans des foyers parqués comme des animaux à dix ou à vingt dans la même chambre. Ils ne parlaient pas de leur travail dur, dur… comme personne ne peut l’imaginer. Ils ne disaient pas que leur vie en Europe est une vraie vie de baroudeur et qu’ils sont confrontés tous les jours au racisme ordinaire, à la difficulté de trouver un logement correct, un travail correct, et de mener une vie convenable. Ils se sont mentis à eux même en allant au pays et montrer leur maigre richesse amassés durant des année d’humiliation dans le seul but de faire croire aux jeunes restés au pays que l’Europe c’est la paradis. Que je sache le paradis n’existe pas sur terre. Il faut que les gens se réveillent ! Il est temps. Je ne veux plus voir des gens mourir pour l’Europe ! Le cri de révolte que je lance dans ce livre est : assez de tout cela !

Q: Qu’est ce que ça vous fait de voir toutes ces personnes qui essayent de traverse l’océan a tout prix pour rejoindre l’Europe?
On a mal pour eux ! On se demande pourquoi risque t-il leur vie pour une rêve qui n’existe que dans leur tête. Toutefois ce n’est pas de leur faute. Si leur propre pays ne leur donne pas les moyens nécessaires de pouvoir rester dans le pays ils sont obligés d’aller le chercher ailleurs.

Q: Que doit faire les gouvernements africains pour éradiquer cette immigration clandestine ou la réduire Presque à néant?
Je pense si on cherche des coupables, nos gouvernants seront en première ligne. Il faut que l’argent du contribuable soit gérer comme il se doit pour que les africains puissent profiter convenablement des richesses de leur continent. Il faut une bonne gouvernance, une nouvelle politique basée sur la démocratie, une liberté d’opinion, d’expression et de confrontation des idées entre le pouvoir et le peuple car c’est grâce au peuple que le gouvernement est là. Une autre Afrique est possible, Toutefois, nous les Africains de la diaspora devons en être des acteurs principaux. Fédérer les efforts afin de pouvoir travailler ensemble pour bâtir le continent.

Q: Quels conseils donneriez vous a quelqu’un qui veut émigre coûte que coûte?

Vous avez le droit d’immigrer mais pas dans ces conditions. Ne prenez plus les pirogues ! N’allez plus vous faire tuer par la police marocaine dans le désert. Une autre alternative est possible pour gagner l’Europe et dignement.

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Aïssatou Diamanka-Besland

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